Encore une marche ?

Une marche est annoncée le 10 novembre prochain contre l’islamophobie. Beaucoup de signataires de l’appel sont des personnalités ou des organisations de gauche, ou très proches de la gauche. Parmi elles, des personnes qui ont toujours minimisé, voire nié l’existence de l’islamophobie, jusqu’à récuser le terme employé par les personnes luttant contre ce racisme spécifique. Quand ils n’en font pas carrément preuve directement. 

Et il faudrait crier victoire parce qu’après des années de tortillage de ****** des gauchistes daignent enfin utiliser le terme « islamophobie » ? Merci, mais c’est non. Déjà parce que des marches antiracistes suivies de peu d’effets, il y en a déjà plusieurs chaque année depuis la MAFED de 2015. Ceci avait au moins un sens à l’époque, puisque prendre la rue était notre seul moyen de nous faire entendre. Depuis, nous avons investi d’autres canaux, et notre parole commence à émerger. D’ailleurs, la victoire sur les éléments de langage commence à pointer le bout de son nez car désormais, le terme islamophobie se trouve dans les discours de parlementaires, jusque dans les hémicycles. Ce n’est bien entendu pas suffisant, mais c’est un début, et surtout, le moment d’agir sur d’autres leviers vers un rapport de forces favorable à l’antiracisme politique, qui ne va pas sans une forme d’autonomie indigène.

Parlons-en d’ailleurs, de cette autonomie. Parce que celle-ci me semble fortement compromise lorsque la gauche consent (enfin !) à lutter explicitement contre l’islamophobie juste avant les échéances des municipales 2020 et que les enjeux sont les fiefs de la banlieue rouge où la population musulmane est importante.

Soyons clairs, les têtes de liste non-blanches dans les listes de gauche se sont toujours faites rares, alors qu’à droite (de LaREM à LR), des candidats auxquels les locaux peuvent plus naturellement s’identifier émergent bien plus facilement. Les listes autonomes de l’UDMF (Union des Démocrates Musulmans Français) braquent aussi des suffrages traditionnellement réservés à la gauche, parce qu’elles mettent justement la question de l’islamophobie au coeur de leur agenda et ont un ancrage stratégique dans les villes où les musulmans sont en nombre important.

Et nous ne sommes pas naïfs, la gauche n’ira jamais soutenir des forces politiques indigènes autonomes, si ce n’est pour son propre agenda, en l’occurence les prochaines échéances électorales et la crainte de perdre ses fiefs historiques des banlieues rouges. Si nous restons lucides, nous savons qu’il ne faut pas attendre de la gauche qu’elle abandonne son paternalisme traditionnel.

Seulement, nous ne sommes pas dupes : lutter contre l’islamophobie, c’est lutter avec et pour tous les musulmans, en-dehors de considérations idéologiques et d’intérêts électoraux. En effet, les alliances, même lorsqu’elles sont ponctuelles, doivent être réciproques. Et lorsqu’on constate comment sont traités les indigènes de gauche au sein de ces structures, la moindre des choses serait de ne pas leur accorder notre confiance et encore moins leur filer des cookies pour avoir dit « islamophobie ». Nous n’avons rien à y gagner en termes d’antiracisme, et beaucoup à perdre en termes d’autonomie.

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