De l’énorme apport du témoignage d’Adèle Haenel dans la lutte contre les violences sexuelles

Si vous n’avez pas encore visionné l’interview fleuve d’Adèle Haenel pour Médiapart, allez-y dès que possible. Voici ce que je retiens de sa parole salutaire.

  • Le meilleur moyen de parler est de devenir puissante, économiquement et socialement

Nous ne devons plus avoir honte de nos ambitions, de vouloir le meilleur en termes de santé et de sécurité, et d’exiger un minimum de stabilité sociale. Dans une société patriarcale où les femmes sont les plus exposées à la précarité par rapport aux hommes, nous n’avons pas vraiment les moyens d’être « matérialistes » dans le sens péjoratif du terme. Le confort matériel est synonyme de dignité, et non de cupidité dans ce contexte.

  • Notre priorité c’est de faire en sorte que toutes les femmes de notre entourage soient dans une situation confortable

Et notre rôle en tant que sœurs ou alliés, c’est de donner de la force à ces survivantes. Nous ne devons pas laisser une femme dans l’urgence financière. Mais nous ne devons pas non plus les infantiliser en créant une situation de dépendance sociale et/ou affective malsaine. Si vous êtes entrepreneur.e et que vous en avez les moyens, proposez du travail aux survivantes, si vous bénéficiez d’un réseau de qualité et/ou de bons plans logement/emploi, faites-les circuler. C’est la base pour avoir les moyens de lutter. Les promesses en l’air et les gestes symboliques ne suffisent plus, il faut des actions concrètes.

  • Nous devons refuser collectivement la remise en question de la parole des victimes quels que soient ses comportements, ses choix de vie personnels ou l’état de sa santé mentale

Dans un contexte où l’impunité des violences sexuelles demeure la norme, il est très coûteux pour une victime de prendre la parole. Pourquoi se risquer à mentir si déjà on ne croit pas toutes celles qui disent vrai ? Les pathologies mentales dont peuvent éventuellement souffrir les victimes ne sont pas une excuse valable pour les ranger dans la catégorie des mythomanes, au contraire, c’est même une circonstance aggravante !

  • Il y a une alternative au système judiciaire qui demeure patriarcal pour offrir une vie acceptable aux survivantes de violences sexuelles et c’est à nous de la construire

Le cas d’Adèle Haenel prouve que lorsque la parole est écoutée et que l’entourage de la victime s’organise, il est possible de construire une vie digne pour les survivantes, sans passer par le système judiciaire. Comme elle le précise plusieurs fois dans l’interview, il y a une alternative à la censure et à la répression. Cependant, ces alternatives doivent également questionner le déroulement des procédures pénales dans les cas de violences sexuelles, car nous ne devons pas non plus laisser les dysfonctionnements des institutions prospérer.

Là encore, il s’agit de construire du lien social et de solidarité sur le long terme. On retrouve cet impératif  dans d’autres luttes que j’avais déjà évoquées ailleurs

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s