50000 personnes dans la rue…et après ?

La marche du 10 novembre 2019 a beaucoup mobilisé, et a réussi à faire parler d’elle au-delà des médias sociaux et communautaires, des chaines d’info en continu sous un angle polémique, jusqu’aux grands JT nationaux, en début de programme. L’opération communication a donc brillamment fonctionné. Si notre communauté musulmane reste la minorité la plus stigmatisée en France malgré sa présence en nombre relativement important sur le territoire, comment une telle mobilisation a-t-elle été possible ? Qu’est-ce que cela veut dire de nous et de notre organisation ? Et surtout, maintenant qu’on a mobilisé dans les rues, comment transformer l’essai ?

  • Cette mobilisation représente une frange importante de la communauté musulmane….

Mais pas son ensemble. La gauche fut également massivement présente, et l’échéance des municipales 2020 explique en partie leur participation à cette manifestation.

  • Les récentes manifestations et rassemblements mobilisateurs ont surtout donné lieu….à d’autres manifestations et rassemblements.

Cette dynamique a été bloquée lorsque des conflits ont éclaté au sein même de l’antiracisme politique. Si ces polémiques n’ont pas aidé, la succession d’opérations de communication comme les manifestations demeure chronophage et impacte aussi la construction sur le long terme.

  • Cette marche ne sera efficace que s’il y a une prise de conscience massive et effective au sein de la gauche de la question islamophobe.

En effet, dans l’histoire récente si les alliés qui ont pris le plus de risques dans les luttes décoloniales se trouvaient dans la gauche radicale, la droite de pouvoir a eu une responsabilité moindre dans le colonialisme et le projet civilisateur. Et pour l’instant, nous sommes forcés de constater que les éléments de langage des premiers et premières concernées ne sont toujours pas repris, et que nombre d’entre eux sont encore en train de tergiverser sur les termes d’une tribune qu’ils ont pourtant signée. Le risque, c’est que la participation serve de laverie à ceux qui nient encore l’autonomie de celles et ceux qui ont défini les termes de la lutte contre l’islamophobie.

  • Les grandes opérations de communication comme celles-ci sont très suivies….

…Mais les initiatives locales et/ou de long terme n’ont que très peu de soutien

En somme, s’il convient d’admettre que malgré les cafouillages de l’avant-marche, un mouvement peut être réussi sans être « pur », l’essentiel du travail de la lutte contre l’islamophobie ne se trouve pas ici. L’objectif étant la dignité, l’égalité et la liberté des citoyens musulmans, il faut aller bien au-delà d’un événement de communication qui présente une unité artificielle. Nous devons faire en sorte de ne plus laisser une classe politique et médiatique islamophobe dicter notre agenda et agir uniquement en fonction de nos propres revendications.

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