Comment j’ai lâché prise sur l’injonction à la visibilité

Pour beaucoup trop de monde encore, militer, c’est être là. Partout. Tout le temps. En même temps. J’ai fini par réaliser que je n’avais pas le don d’ubiquité. Que personne ne l’avait, en fait. Et surtout qu’on s’en fout. Parce que militer ce n’est pas faire simplement acte de présence. Puis parce que montrer sa tête partout, c’est franchement épuisant.

Attendre des élections pour mettre un bulletin dans l’urne, c’est insuffisant. Taper le selfie avec les copains et les copines dans les manifs aussi. On le sait, pourtant, on continue à le faire. Je ne blâme personne, moi aussi j’y ai cru. Puis un jour j’en ai eu marre.

Marre parce que ma santé m’a rattrapée. Je n’avais donc plus d’énergie à consacrer pour des actions qui ne nous menaient nulle part. J’ai dû trouver d’autres moyens.

Puis j’ai payé les conséquences de mes absences. Parce que ne pas montrer sa bobine, c’est ne pas exister. C’est « ne pas agir » dans ce milieu. Ne pas suivre aveuglément les autres, critiquer de manière constructive, dénoncer les incohérences ou simplement faire part de ses désaccords, c’est prendre le risque d’être boycotté, ignoré. On est au mieux isolé, au pire calomnié lorsqu’on ne répond pas à ces logiques de notoriété.

Pour vous dire la vérité, j’étais au début peinée de voir que le travail le plus approfondi et le plus chronophage n’avait pas la même résonance que celui où je me contentais de faire rire et d’être la petite blogueuse fan de chats mignonne et sympa. J’étais triste de voir que j’étais si peu lue, mais très scrutée. J’en étais même découragée. A quoi bon travailler si dur si ce n’est pour avoir aucun poids ? J’ai douté mille fois de ma personne, en me disant que si j’étais invisible, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même.

Or, j’ai fini par comprendre. En réalité, je dérangeais. C’est pour cela que l’on me rejetait. J’ai aussi vite constaté que je n’étais pas seule.

Enfin, j’ai surtout admis que ce rejet était une force. Que la course à la notoriété ne menait à aucune victoire, et qu’elle n’était qu’une injonction servant les intérêts d’une minorité et d’un statu quo. Qu’au final, elle ne faisait que casser les liens de solidarité entre nous.

Car c’est dans la discrétion que nous pouvons être [vraiment] libres. C’est dans la pudeur et l’humilité que se trouve la source de notre pouvoir. Et c’est une fois qu’on s’en rend compte, qu’on s’en fout d’être invisible. Parce qu’on est plus efficaces. Parce qu’on ne perd plus de temps à se soucier de notre image. On tourne la page, on apprend, on passe à autre chose et enfin, on avance. Et on en sort renforcés, plus sages, et grandis.

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