Avons-nous le droit à la déconnexion lorsque nous militons ?

La loi El Khomri, pourtant si décriée (à juste titre), avait prévu un droit à la déconnexion za3ma. Mais qu’en est-il de ce droit pour nous, militantes et militants, quand la majorité de notre travail repose sur du bénévolat fissabilillah ou sur du « pro-bono » (lorsque nous travaillons dans le milieu associatif, journaliste ou politique) ?  Que faire lorsque notre « street-cred » repose sur une présence virtuelle, sur une vitrine ou encore sur une notoriété de façade ? Avons-nous le droit de disparaître, de lâcher des « vu », de filtrer messages et appels ou encore de ghoster lâchement ? La réponse est oui…mais non.

Oui, parce que parfois, on se doit de le faire. Non, parce que c’est difficile d’abandonner sa communauté, son réseau, surtout lorsqu’il y a de l’affection et de l’attachement (a minima) en jeu.

On le doit aussi aux autres. Outre notre besoin de repos et que nous sommes inutiles si trop fatigués, être toujours là, c’est habituer les siens à une présence permanente…et maintenir une certaine dépendance assez malsaine. Sans oublier que cette façade virtuelle n’est que rarement gage d’actions concrètes.

Votre ego pourrait être froissé lorsqu’on ne vous répond pas assez fréquemment ou pas assez vite. Or, ces émotions pourraient être l’occasion de questionner ce besoin constant de validation ou d’attention et de se demander s’il est réellement légitime. A-t-on tellement pris l’habitude de l’immédiateté qu’on considère que le monde entier doit être à notre disposition 24H/24, 7 jours/7 ?

C’est peut-être même le signe qu’il serait judicieux de lever le pied, voire de ralentir. Ce n’est pas parce qu’en tant que militants et militantes, nous acceptions un certain niveau de charge mentale, qu’il est autorisé de contacter tout le monde, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, et à exiger un retour plus ou moins immédiat. Ce n’est humainement pas possible d’être omniprésent à longueur de temps.

Accepter qu’on ne vit pas dans la tête de l’autre, qu’on ne peut pas penser à sa place, qu’il ou elle a des priorités, des urgences qui nous dépassent, c’est aussi un début de lâcher-prise, une forme de sagesse et de sérénité et une preuve d’empathie. Ainsi, on comprend que l’absence, les limites, la distance, ne sont ni un manque d’estime, ni un manque de considération ou de respect. Bien au contraire, c’est l’opportunité de créer un espace pour prendre soin de soi et de méditer loin du bruit ambiant, comme à l’époque où jadis nous avions une vie sans smartphone.

Finalement, s’accorder le droit à la déconnexion ce n’est pas s’isoler du reste du monde. C’est au contraire, prendre le temps de se construire et de s’enrichir humainement, pour ainsi mieux revenir vers l’autre, et lui apporter le meilleur de soi.

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